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Vaccination adulte en Afrique de l'Ouest : calendrier et idées reçues

Le rappel antitétanique tous les dix ans n'est pas la recommandation de l'OMS. Voici ce que dit réellement le calendrier vaccinal de l'adulte en zone UEMOA, et comment rattraper un carnet perdu depuis longtemps.

Agent de santé administrant un vaccin au bras d'une femme adulte dans un centre de santé d'Afrique de l'Ouest
Le carnet de vaccination ne se referme pas à la fin de l'enfance. Chez l'adulte, la question utile n'est pas la date du dernier rappel, mais le nombre total de doses reçues.

L'essentiel

6 doses
Tétanos, protection à vie
5 doses
Si la vaccination débute à l'âge adulte
1 dose
Fièvre jaune, immunité à vie
3 doses
Hépatite B chez l'adulte non vacciné
64 millions
Hépatite B chronique, Région Afrique
Le bon réflexe

Présenter son carnet de vaccination à chaque contact avec un soignant, même pour un autre motif. Devant une plaie souillée chez une personne dont le statut vaccinal est inconnu, consulter sans attendre.

Dans les centres de santé de Niamey, de Ouagadougou ou de Bobo-Dioulasso, le carnet de vaccination se remplit avec application pendant les deux premières années de la vie, puis disparaît. Rangé dans une malle, égaré lors d'un déménagement, il ne ressort qu'au moment d'un voyage, quand une compagnie aérienne réclame un certificat.

Cet oubli n'est pas sans conséquence, mais il est souvent mal expliqué. On dit à l'adulte qu'il doit « refaire ses rappels », sans préciser lesquels ni pourquoi. Et l'un des conseils les plus répandus dans la région — le rappel antitétanique tous les dix ans — ne correspond pas à ce que recommande l'Organisation mondiale de la Santé.

Pourquoi le carnet de l'enfance ne suffit pas toujours

La logique de l'OMS n'est pas celle d'un entretien périodique. Pour le tétanos, son objectif est d'assurer une protection à vie en atteignant et en maintenant une couverture élevée de six doses de vaccin contenant l'anatoxine tétanique, administrées dans le cadre des calendriers de vaccination de l'enfance[1]. Le schéma est conçu pour être terminé avant l'âge adulte, pas pour être répété indéfiniment.

Le problème est ailleurs : beaucoup d'adultes n'ont jamais reçu ces six doses. Les programmes élargis de vaccination se sont construits progressivement, certains vaccins n'ont été intégrés que tardivement, et les ruptures de suivi entre la deuxième et la quinzième année sont fréquentes. L'OMS prévoit d'ailleurs explicitement un rattrapage opportuniste chez l'adolescent et l'adulte, à l'occasion d'autres services de santé[1].

La question utile pour un adulte n'est donc pas « quand ai-je fait mon dernier rappel ? », mais « combien de doses ai-je reçues au total, et lesquelles me manquent ? ».

Tétanos : six doses au total, et non un rappel tous les dix ans

Le schéma recommandé par l'OMS est précis. Trois doses de primovaccination d'abord, la première dès l'âge de 6 semaines, avec un intervalle minimal de quatre semaines entre les doses et une troisième dose idéalement achevée à 6 mois. Puis trois rappels : entre 12 et 23 mois, entre 4 et 7 ans, et entre 9 et 15 ans, en ménageant idéalement au moins quatre ans entre deux rappels[1].

Ces six doses suffisent. Le rappel décennal systématique que l'on entend recommander dans les cabinets de la région est une règle issue de calendriers nationaux européens et nord-américains ; ce n'est pas la position de l'OMS, qui vise la protection à vie par le schéma complet[1].

Pour l'adulte qui n'a rien reçu dans l'enfance, la règle est différente et rarement connue : lorsque la vaccination antitétanique débute à l'adolescence ou à l'âge adulte, cinq doses suffisent à conférer une protection à vie[2].

L'enjeu justifie cette rigueur. Clostridium tetani vit dans l'environnement indépendamment de la situation géographique, et pénètre par des plaies cutanées contaminées ou des lésions tissulaires, y compris des plaies punctiformes — une épine, un clou rouillé, une coupure avec un outil souillé. La létalité reste élevée même là où des soins intensifs sont disponibles[1].

La grossesse, moment décisif contre le tétanos du nouveau-né

La majorité des cas de tétanos rapportés dans le monde sont liés à la naissance et surviennent, dans les pays à faible revenu, chez des mères insuffisamment vaccinées et leurs nouveau-nés, à la faveur d'accouchements réalisés dans de mauvaises conditions d'hygiène et de soins du cordon inadaptés[1].

Une femme dont le carnet atteste six doses reçues avant l'âge de procréer protège son enfant sans dose supplémentaire. Dans les pays où le tétanos maternel et néonatal demeure un problème de santé publique, une femme enceinte dont les vaccinations antérieures ne sont pas documentées doit recevoir au moins deux doses, espacées d'au moins quatre semaines, la seconde au moins deux semaines avant l'accouchement. Une troisième dose au moins six mois plus tard porte la protection à cinq ans au minimum, et deux doses supplémentaires, à un an d'intervalle ou lors de grossesses ultérieures, assurent une protection à vie[1].

Ce travail porte ses fruits. L'élimination du tétanos maternel et néonatal se définit par moins d'un cas de tétanos néonatal pour 1 000 naissances vivantes dans chaque district[1]. En décembre 2025, 51 des 59 pays à risque avaient été validés comme ayant atteint cet objectif ; les huit pays restants sont l'Afghanistan, l'Angola, la République centrafricaine, le Nigéria, le Pakistan, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la Somalie et le Yémen[3]. Aucun pays de l'UEMOA n'y figure. Un acquis, à condition d'être maintenu — la consultation prénatale reste le moment où il se joue, comme pour la prévention du paludisme pendant la grossesse.

Fièvre jaune : une seule dose, et un certificat valable à vie

La fièvre jaune est une arbovirose endémique dans la région : 27 pays africains et 13 pays d'Amérique latine sont classés à haut risque de flambées. La maladie évolue chez une minorité de patients vers une phase toxique où environ 50 % d'entre eux meurent en sept à dix jours[4].

Face à cela, le vaccin antiamaril est d'une efficacité remarquable, et la règle a changé : une seule dose confère une immunité à vie, aucun rappel n'est nécessaire[4]. Cette conclusion a une traduction réglementaire directe. L'amendement de l'annexe 7 du Règlement sanitaire international, adopté par la résolution WHA67.13, est entré en vigueur le 11 juillet 2016 : la durée de protection et la validité du certificat international de vaccination sont passées de dix ans à la vie entière du sujet vacciné, la protection débutant dix jours après l'injection[5].

Le vaccin antiamaril est un vaccin vivant atténué, ce qui impose des limites. L'OMS ne le recommande pas chez le nourrisson de moins de 9 mois, chez la femme enceinte en dehors des situations d'épidémie, en cas d'allergie sévère à l'œuf, ni en cas de déficit immunitaire sévère ou d'affection du thymus. Au-delà de 60 ans, le rapport bénéfice-risque doit être pesé avec attention[4].

Hépatite B : le vaccin qui manque à la génération adulte

C'est ici que le déficit de vaccination des adultes se paie le plus cher. En 2024, 240 millions de personnes vivaient avec une infection chronique par le virus de l'hépatite B dans le monde, dont 64 millions dans la seule Région Afrique de l'OMS. Le virus a causé 1,1 million de décès cette année-là, principalement par cirrhose et carcinome hépatocellulaire[6]. L'évolution et le dépistage sont détaillés dans notre article sur l'hépatite B.

L'infection contractée dans l'enfance devient chronique beaucoup plus souvent que celle contractée plus tard, ce qui explique l'insistance de l'OMS sur la dose à la naissance. Mais pour l'adulte qui n'a jamais été vacciné, la vaccination reste pleinement indiquée. L'OMS recommande de vacciner en priorité les groupes les plus exposés : patients recevant fréquemment du sang ou des produits sanguins, patients dialysés, diabétiques, receveurs de greffe d'organe, personnes atteintes d'une maladie chronique du foie, personnes détenues, usagers de drogues injectables, contacts familiaux et sexuels d'un porteur chronique, hommes ayant des rapports avec des hommes, personnes ayant plusieurs partenaires sexuels, ainsi que le personnel de santé et toute personne exposée au sang ou à des liquides biologiques dans son travail[7].

Le schéma de rattrapage est simple : trois doses pour une personne commençant sa vaccination après l'âge de 12 mois, avec un intervalle d'au moins quatre semaines entre les doses[2][7]. Aucune donnée ne justifie une dose de rappel ultérieure, et un suivi conduit en Alaska a montré qu'environ 90 % des personnes vaccinées restaient protégées au moins trente ans[7]. Le vaccin peut par ailleurs être administré sans risque à la femme enceinte et à la femme allaitante[7].

Méningite et typhoïde : les vaccins de circonstance

La ceinture africaine de la méningite s'étend du Sénégal à l'Éthiopie et couvre 26 pays, dont le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Sa saisonnalité est bien établie : pendant la saison sèche, de décembre à juin, les vents chargés de poussière, la fraîcheur des nuits et les infections respiratoires hautes se combinent pour altérer la muqueuse nasopharyngée et augmenter le risque de maladie méningococcique[8].

La maladie est brutale : même diagnostiquée tôt et traitée correctement, elle tue 5 à 10 % des patients, généralement dans les 24 à 48 heures suivant l'apparition des symptômes, et laisse chez 10 à 20 % des survivants des lésions cérébrales, une surdité ou des troubles de l'apprentissage[8].

La réponse vaccinale a transformé la situation. Depuis 2010, plus de 350 millions de personnes âgées de 1 à 29 ans ont bénéficié du vaccin conjugué contre le méningocoque A, dont l'intérêt majeur est de réduire le portage de la bactérie dans la gorge, et donc sa transmission. Un vaccin conjugué pentavalent couvrant les sérogroupes A, C, Y, X et W a été préqualifié par l'OMS en juillet 2023 ; les pays sont invités à l'introduire dans les districts à très haut risque par des campagnes préventives, puis dans la vaccination de routine[8]. Ces campagnes s'adressent à des classes d'âge larges, adultes jeunes compris : s'y présenter quand elles sont annoncées relève de la responsabilité de chacun.

La typhoïde suit une autre logique, celle de l'eau. Le vaccin conjugué antityphoïdique s'administre en une dose unique dès l'âge de 6 mois[2], mais il ne remplace pas l'assainissement : la maîtrise de la qualité de l'eau de boisson reste la première barrière, comme l'explique notre article sur l'eau potable et les maladies hydriques. Encore faut-il savoir reconnaître la maladie, souvent confondue avec le paludisme — c'est l'objet de notre comparaison entre typhoïde et paludisme.

Trois idées reçues, et comment rattraper un carnet perdu

La première est le rappel antitétanique décennal. Elle est solidement installée dans les habitudes de la région, mais elle ne correspond pas au schéma en six doses recommandé par l'OMS[1]. Un adulte qui a reçu ses six doses est protégé ; un adulte qui n'en a reçu que trois a besoin de compléter, pas d'attendre dix ans.

La deuxième est le rappel de fièvre jaune tous les dix ans, dont on a vu qu'il n'est plus exigible depuis le 11 juillet 2016[5]. La troisième est la plus coûteuse en temps et en argent : l'idée qu'un schéma interrompu devrait être recommencé depuis le début.

Reste le geste pratique. Un carnet perdu n'oblige pas à tout refaire, mais il oblige à reconstituer une histoire vaccinale avec un soignant, qui décidera des doses à rattraper. Le meilleur moment pour le faire est celui d'un contact déjà prévu : consultation prénatale, visite d'embauche, campagne de vaccination annoncée dans le quartier. C'est exactement la logique du rattrapage opportuniste recommandé par l'OMS[1].

Retrouvez votre carnet cette semaine

Comptez les doses inscrites, notez celles qui manquent, et emportez-le à votre prochaine consultation. Recevez nos fiches prévention vérifiées, ancrées dans le contexte UEMOA, directement dans votre boîte mail.

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Questions fréquentes

Faut-il vraiment un rappel antitétanique tous les dix ans ?

Ce n'est pas la recommandation de l'OMS. L'OMS vise une protection à vie par six doses au total : trois doses de primovaccination du nourrisson, puis trois rappels entre 12 et 23 mois, entre 4 et 7 ans, et entre 9 et 15 ans. Le rappel décennal systématique relève de calendriers nationaux européens et nord-américains. La question utile pour un adulte n'est donc pas la date du dernier rappel, mais le nombre total de doses reçues.

Le vaccin contre la fièvre jaune doit-il être refait tous les dix ans ?

Non. Une seule dose confère une immunité à vie et aucun rappel n'est nécessaire. Depuis le 11 juillet 2016, l'amendement de l'annexe 7 du Règlement sanitaire international a étendu la validité du certificat international de dix ans à la vie entière du sujet vacciné. Aucun État ne peut donc exiger une revaccination comme condition d'entrée, quelle que soit la date d'émission du certificat.

Quel vaccin est prioritaire pendant la grossesse en Afrique de l'Ouest ?

Le vaccin contenant l'anatoxine tétanique. Là où le tétanos maternel et néonatal reste un problème de santé publique, une femme enceinte sans vaccination documentée doit recevoir au moins deux doses, espacées d'au moins quatre semaines, la seconde au moins deux semaines avant l'accouchement ; une troisième dose six mois plus tard porte la protection à cinq ans au minimum. Le vaccin contre la fièvre jaune, lui, est un vaccin vivant déconseillé pendant la grossesse en dehors des situations d'épidémie.

Pourquoi le vaccin contre l'hépatite B concerne-t-il particulièrement les adultes de la région ?

Parce que la charge y est considérable : 64 millions de personnes vivent avec une hépatite B chronique dans la Région Afrique de l'OMS, sur 240 millions dans le monde en 2024. L'OMS recommande de vacciner en priorité les groupes les plus exposés : personnel de santé et personnes exposées au sang au travail, patients dialysés ou transfusés, personnes ayant plusieurs partenaires sexuels, contacts familiaux et sexuels d'un porteur chronique, personnes détenues et personnes vivant avec le VIH.

Faut-il tout recommencer si un schéma vaccinal a été interrompu ?

Non. La règle de l'OMS pour une vaccination interrompue ou retardée est de reprendre le schéma sans répéter les doses déjà reçues, quel que soit le délai écoulé. Un adulte ayant reçu deux doses d'hépatite B il y a huit ans complète avec la troisième. Et lorsque la vaccination antitétanique débute à l'âge adulte, cinq doses suffisent à assurer une protection à vie.

Sources et références

  1. Organisation mondiale de la Santé. Tetanus vaccines: WHO position paper – February 2017. Relevé épidémiologique hebdomadaire. 2017;92(6):53-76.
  2. Organisation mondiale de la Santé. Table 3: Recommendations for Interrupted or Delayed Routine Immunization — Summary of WHO Position Papers. OMS, Genève.
  3. Organisation mondiale de la Santé. Progress towards global maternal and neonatal tetanus elimination. OMS, Genève, décembre 2025.
  4. Organisation mondiale de la Santé. Yellow fever — Fact sheet. OMS, Genève, 20 octobre 2025.
  5. Organisation mondiale de la Santé. Amendment to International Health Regulations (2005), Annex 7 (yellow fever). Résolution WHA67.13 ; entrée en vigueur le 11 juillet 2016.
  6. Organisation mondiale de la Santé. Hepatitis B — Fact sheet. OMS, Genève, 28 juillet 2026.
  7. Organisation mondiale de la Santé. Summary of WHO Position Paper on Hepatitis B Vaccines, July 2017. OMS, Genève, 2017.
  8. Organisation mondiale de la Santé, Bureau régional de l'Afrique. Meningococcal meningitis. OMS AFRO, Brazzaville.
Larba Souleymane Zoboudré, Délégué Médical Senior UEMOA

Larba Souleymane Zoboudré

Délégué Médical Senior & Spécialiste Affaires Réglementaires & pharmacovigilance

FRILAB SA (Niger) — laboratoires représentés : Biocodex, Fresenius Kabi, Aguettant, Zambon
Territoire d'exercice : Niger | Formation continue depuis 2016

Dernière mise à jour : 3 juillet 2026 · Révision prévue : juillet 2027